Italie : les routiers du Sud obtiennent un décret de 175 millions et l'indexation du gazole
Parti de Sicile le 15 octobre, le mouvement des camionneurs a paralysé quatre régions du Sud avant de s'arrêter le 22. Le décret-loi 193 accorde 175,2 millions d'euros au transport, à l'agriculture et à la pêche, et impose une fourchette de coût du carburant dans les contrats de transport.
Les barrages sont levés depuis le 22 octobre dans le sud de l'Italie, mais la facture reste ouverte. Huit jours de blocages ont vidé les rayons de Campanie et de Calabre, privé deux aéroports de kérosène et forcé Rome à légiférer sur le prix du gazole.
Le mouvement est parti de Sicile le jeudi 15 octobre, sans mot d'ordre syndical. Il a gagné la Calabre, la Basilicate, les Pouilles et la Campanie. Les camions se sont installés aux échangeurs de Nola, Caianello et Maddaloni-Marcianise, sur l'A1 Milan-Naples et l'A30 Caserta-Salerne. Les ports de Naples et de Palerme ont été filtrés. Le 22 octobre, les organisations de Sicile et de Calabre ont suspendu la mobilisation; à Gela, quelques transporteurs ont tenu seuls quelques jours.
Le déclencheur est un prix à la pompe. Le 19 octobre, le gazole valait 2,257 euro le litre en moyenne en self-service selon l'observatoire du Mimit, et jusqu'à 2,30 euro sur autoroute. Il pèse jusqu'à 40 % des coûts d'un poids lourd. Depuis la fin de la baisse d'accises le 5 octobre, l'Italie est redevenue le pays de l'Union où le gazole est le plus taxé, à 48 % du prix final.
Les aéroports de Crotone et de Reggio de Calabre ont manqué de carburant aviation, avec des NOTAM demandant aux équipages de prévoir des réserves. Reggio n'a été réalimenté que le 24 octobre. À Bénévent, le pastier Rummo a arrêté sa production, faute de camions et de citernes. Garofalo a coupé ses lignes à Gragnano après l'interruption des livraisons de semoule. Les maires de Naples et de Bari ont évoqué des villes au risque de paralysie.
Le gouvernement a d'abord joué la fermeté. Le ministère de l'Intérieur a demandé aux préfets d'identifier les responsables des barrages et de surveiller les infiltrations criminelles. Cinq cents camions ont roulé sous escorte policière autour de Naples. La Commission de garantie des grèves a réclamé une réquisition. Giorgia Meloni a haussé le ton après des pneus crevés: « Ce n'est pas une protestation, c'est de l'intimidation. »
Le décret-loi 193, adopté le 22 octobre et publié le lendemain, met 175,2 millions d'euros sur la table.
- 105,2 millions pour les transporteurs, en crédit d'impôt sur le gazole: 45,2 millions pour les achats de mars à août, en plus de 234 millions déjà provisionnés, et 60 millions pour la période du 1er septembre au 5 octobre;
- 60 millions pour le gazole agricole, soit une remise d'environ 45 centimes par litre;
- 10 millions pour la pêche, à 10 % de la dépense de carburant.
Les PME qui ne peuvent pas utiliser ce crédit peuvent suspendre leurs loyers de leasing dus entre novembre 2026 et mars 2027, jusqu'au 31 mars. Les premiers versements étaient annoncés pour la semaine du 26 octobre. Deux mille entreprises devaient voir la somme sur leur compte fiscal, sur 32 000 dossiers déposés, selon le vice-ministre Edoardo Rixi. Le gouvernement promet aussi de débloquer 590 millions pour le renouvellement du parc 2027-2031, en priorité les Euro 0 à 4.
La mesure la plus lourde ne figure pas dans les aides: pour tout contrat de plus de trente jours, le ministère publiera chaque trimestre une fourchette de la part du carburant dans le prix. Elle s'appliquera aussi aux contrats verbaux, nombreux dans le secteur, et devra figurer sur les factures. Les petites entreprises y voient un moyen de répercuter la hausse sur des donneurs d'ordre plus puissants.
Le 27 octobre, le ministère a installé un Tavolo Trasporto e Logistica permanent, présidé par Rixi, avec fédérations et chargeurs. Aucun crédit nouveau n'en est sorti. Unatras, par la voix de Paolo Uggè, réclame la libération des paiements, de nouveaux crédits d'impôt et une indexation plus automatique. Le même jour, transporteurs et agriculteurs manifestaient près du Parlement, jugeant le décret insuffisant. Ceux qui ont suspendu le mouvement disent qu'ils le reprendraient si les engagements ne sont pas tenus.
Le gazole, lui, n'a pas baissé. Le dispositif précédent, qui couvrait 70 % de la hausse entre le 18 mars et le 31 août, a donné une aide moyenne d'environ 0,15 euro le litre, selon Astre Italia. Les crédits d'impôt arrivent après la dépense. Pour les micro-entreprises du Sud, c'est souvent trop tard dans le mois.
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