Routiers : après trois ans de salaires gelés, la grève s'invite aux négociations
Depuis dimanche soir, l'appel à la grève de FO-UNCP court dans les entreprises du transport routier de marchandises, au moment où s'ouvre une nouvelle séance de négociations salariales. Les patrons proposent 2,4 % à 2,9 % d'augmentation en janvier 2027, après trois années de grilles conventionnelles gelées.
Depuis dimanche 22 heures, les salariés du transport routier de marchandises (TRM) sont appelés à la grève. Le mouvement, lancé par la fédération FO-UNCP, tombe au moment où syndicats et organisations patronales doivent se retrouver, ce mardi 13 octobre, pour une nouvelle séance de négociations salariales. La branche compte environ 780 000 salariés : conducteurs, exploitants, agents de quai, mécaniciens.
Le blocage tient en quelques chiffres. Les grilles de salaires conventionnels n'ont pas bougé depuis fin 2023, et les propositions patronales déposées le 17 septembre portent sur des hausses de 2,4 % à 2,9 %, pour une application en janvier 2027 seulement. « 4 ans pour seulement 2,9 % d'augmentation », résume FO-UNCP dans son communiqué de mobilisation. Le syndicat évalue à 10,5 % la perte de pouvoir d'achat des salariés de la branche depuis le début du gel.
« Il était temps car depuis juin, nous leur mettons la pression, il y a urgence à augmenter les salaires », insiste Patrice Clos, secrétaire général de FO-UNCP Transports et Logistique. « Les grilles sont écrasées de plus en plus », appuie Patrick Blaise, de la FGTE-CFDT, en pointant des coefficients désormais au niveau du Smic. Les syndicats réclament un rattrapage, un treizième mois conventionnel, une meilleure prise en compte de la pénibilité et une nouvelle négociation dès le début de l'année 2027.
La semaine s'annonce agitée sur les routes. FO-UNCP évoque des rassemblements et des blocages d'entreprises et sur certaines routes. Dès lundi, un collectif de transporteurs du Sud a mené une opération escargot à Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, avant d'éventuels blocages. « Il n'y a pas eu d'augmentations depuis 3 ans et on nous propose 2,9 % d'augmentation sur des salaires au niveau du Smic », témoigne auprès de BFMTV-RMC Ibrahim Benzaama, porte-parole du collectif des routiers du Sud de la France. La CFDT Route, premier syndicat de la branche, a fixé sa mobilisation nationale au vendredi 16 octobre, et la CFTC a relayé l'appel. L'unité n'est jamais acquise dans le TRM : en 2022, le front syndical était parti en ordre dispersé.
En face, le patronat promet de ne pas rester immobile. « On ne pourra pas cette année rattraper deux années de non-négociations », prévient Jean-Marc Rivera, délégué général de l'OTRE, qui reconnaît que plusieurs coefficients sont dépassés par le Smic. Les organisations d'employeurs invoquent des marges quasi nulles et des coûts en hausse, mais disent retravailler un mandat en vue de la séance de ce mardi.
La colère déborde d'ailleurs largement la question salariale. Le 15 octobre, la FNTR appelle les transporteurs à manifester à Strasbourg et Metz contre les taxes poids lourds programmées dans le Grand Est pour 2027. À partir du 21 octobre, l'OTRE et la Fédération des autocaristes indépendants ont prévu une mobilisation à Paris contre le prix du carburant. Et le malaise dépasse les frontières : l'Italie débat d'un relèvement à 70 ans de l'âge maximal de conduite, pour compenser la pénurie de conducteurs qui touche toute l'Europe.
Signe de la tension, les défaillances d'entreprises dans les transports et l'entreposage dépassaient de plus de 70 % leur moyenne de référence à fin juillet, selon la FNTR. Pour les conducteurs comme pour les exploitants, la séance de ce mardi et la journée du 16 octobre diront si la branche évite un automne de conflit ouvert. Un accord avant la fin de l'année reste la sortie de secours que personne n'exclut, mais que personne ne tient pour acquis.
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