Flambée du gazole : le transport routier français passe à la mobilisation

Le gazole professionnel a battu un nouveau record en septembre, au plus haut depuis 2000. Entre aides versées au compte-gouttes et exclusion des dispositifs, le transport routier français annonce un mois d'octobre sous tension, avec une première mobilisation le 16.

oct. 09, 2026 - 09:05
Mis à jour: 17 jours il y a
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Flambée du gazole : le transport routier français passe à la mobilisation

Le gazole professionnel n'avait jamais coûté aussi cher. À 282,12 en moyenne mensuelle en septembre, l'indice publié par le Comité national routier a dépassé tous les niveaux enregistrés depuis la création de la série, en 2000. Dans ce contexte, les organisations du transport routier français ne parlent plus de négociations, mais de mobilisation.

La progression a été spectaculaire. L'indice CNR du gazole professionnel est passé de 187,66 en janvier à 265,80 en août, puis à 282,12 en septembre, sous l'effet de la crise au Moyen-Orient. Pour un ensemble routier de plus de 7,5 tonnes, le surcoût atteint presque 54 % par rapport à septembre 2025. En Europe, le gazole a franchi un sommet le 21 septembre, à 2,23 euro le litre en moyenne dans l'Union, selon les données de la Commission européenne.

Les entreprises supportent d'autant plus mal la facture que les aides de l'État arrivent lentement. Selon le cabinet du ministre des Transports, 80 % des entreprises ayant demandé l'aide d'avril ont été payées, contre 16 % seulement pour celle de mai. Pour les mois de juin à août, le décret n'a été publié que le 23 septembre : les demandes courent jusqu'au 9 novembre et les versements n'interviendront qu'ensuite. Le texte prévoit 5 000 euros par mois et par entreprise, portés jusqu'à 60 000 euros pour les plus fragiles. Environ 50 millions d'euros ont déjà été versés à 10 000 entreprises.

Surtout, le secteur se sent mis à l'écart. L'aide aux « grands rouleurs », prolongée et élargie le 22 septembre, reste inaccessible aux transporteurs routiers, qui ne peuvent pas la cumuler avec les aides exceptionnelles. L'OTRE dénonce une « différence de traitement incompréhensible, profondément injuste et désormais intolérable » envers des entreprises « délibérément exclues, sans la moindre justification objective ».

La riposte s'organise. L'Organisation des transporteurs routiers européens, 3 600 entreprises et 110 000 salariés, et la Fédération des autocaristes indépendants appellent leurs adhérents à se mobiliser à Paris « dès le 21 octobre 2026 » et les jours suivants. Quatre exigences : une baisse du prix à la pompe, une indexation carburant unique et opposable fondée sur les indices du CNR, une revalorisation immédiate des tarifs de transport, la réintégration du secteur dans les aides. « La balle est désormais dans le camp du Gouvernement », écrivent-elles.

La FNTR, première organisation du secteur, accorde encore un délai. Après avoir réuni ses instances régionales le 28 septembre, sa présidente Florence Dupasquier a donné au gouvernement jusqu'à la mi-octobre pour répondre. La fédération réclame une baisse temporaire des taxes sur les carburants professionnels, la prolongation des aides et des contrôles renforcés de la DGCCRF sur l'application de la clause gazole. « Si ce désespoir reste sans réponse, il pourrait se transformer en manifestation de colère », prévient-elle.

Le front déborde du patronat. La CFDT Route appelle à une mobilisation nationale le vendredi 16 octobre, sur fond de grilles salariales bloquées depuis plusieurs années. « Les professionnels du transport routier constatent avec colère et inquiétude une stagnation des salaires », écrivait le syndicat dès le 10 septembre. La CFTC a relayé l'appel, et Force ouvrière se dit prêt à « faire cause commune avec le patronat » pour défendre les emplois d'un secteur que Patrice Clos chiffre à 780 000 postes.

Signe que la tension touche aussi l'approvisionnement, les interdictions de circulation ont été levées jusqu'au 12 octobre pour les camions ravitaillant les stations-service.

Pour les conducteurs et les exploitants, les échéances d'octobre méritent d'être notées :

  • 16 octobre : mobilisation nationale appelée par la CFDT Route ;
  • mi-octobre : échéance fixée par la FNTR au gouvernement ;
  • 21 octobre : début de la mobilisation OTRE-FAI à Paris, « et jours suivants » ;
  • 9 novembre : clôture des demandes d'aide pour juin-août.

Le printemps dernier avait déjà montré ce que peut produire la colère du secteur, avec deux voies sur trois bloquées sur l'A7 fin mars et des opérations escargot en Île-de-France. Le mois d'octobre dira si le dialogue reprend avant que les routes ne se remplissent de nouveau de poids lourds à l'arrêt.

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